L'Irrawaddy dans les rues ...

Publié le par NatduVénéz

L'IRRAWADDY DANS LES RUES ...

hébergement gratuit de photos & vidéos avec www.photomania.com C'était il y a presque 2 mois, un peu moins,...

Vous vous souvenez, je vous racontais notre attachement à la Birmanie et les horreurs qui s'y passaient. 
Depuis, beaucoup de Birmans ont rêvé (d'une vie meilleure), d'autres se sont battus pour défendre leurs idées, et enfin, malheureusement, certains y ont laissé leur vie...

La rebellion a été muselée, le retour au calme (comme ils disent) est de rigueur... et la vie a repris, comme avant, avec quelques citoyens en moins...

En leur nom, et en leur mémoire, une amie birmane qui m'est très chère, Myat, m'a fait parvenir un poème qu'elle a traduit du birman au français. Je vous le livre aujourd'hui (petite précision, l'Irrawaddy est le fleuve qui traverse Yangon, la capitale de la Birmanie-Myanmar).
Je sais qu'il est un peu long, mais prenez le temps de le lire, c'est vraiment très beau...

"L'irrawaddy dans les rues" par Phone Min Zun

Je ne pleure pas maman
dans ma petite cellule
en me demandant ce que j'ai fait de mal.
J'ai du mal à respirer, maman.

Premier jour -
l'echo des chants des moines
comblait les rues de birmanie.
En applaudisant les moines courageux
mes pieds étaient ancrés par la peur, maman.

Deuxieme jour-
en admirant les moines mouillés et pieds nus
j'avais des larmes aux yeux, maman.
Il y avait une Irrawaddy safran dans les rues,
je suis enfin devenu l' Irrawaddy moi aussi, maman.

Le lendemain -
tout simplement, maman
pour les moines qui manifestent
malgré la pluie et la fatigue,
j'ai fait tout ce que j'ai pu pour eux.
Je suis sûr que tu en seras fière, maman.

Il n'est pire fou que celui qui est fou de pouvoir.
Le pire, c'est ce fou qui donne des ordres
aux militaires qui lui obéissent à tout prix
En plus ils ont des armes dans les mains,
c'est très inquiétant, maman.

Mais comment peut -on laisser notre future
dans les mains de ces monstres ?
Dis-le moi, maman.

Ô maman
Les esprits des moines martyres
viennent me parler de la non violence dans ma cellule ;
Leurs cadavres sont couverts de blessures, maman.

En effet, maman,
avant que les monstres ne tirent
sur ces robes safranes,
les rues étaient emplies des chants des moines, maman.

Ô maman
Il y a aussi l'esprit d'un étudiant,
mort à cause d'une balle dans le coeur,
qui vient me parler dans ma celulle.
"J'ai rendu hommage aux moines
je leur ai donné des offrandes,
j'ai récité des prêches de Bouddha.
Voilà tout ce que j'ai fait.
A part ça, je n'ai fait rien de mal,
je n'ai pas mérité cette balle dans mon coeur"
Je ne sais pas quoi lui dire, maman.

C'est vrai, maman,
on a suivi les moines malgré notre peur.
C'est ce qu'on devait faire pour notre peuple, maman.

Avec très peu d'espoirs,
on est descendu dans les rues ;
les chemises blanches des étudiants
sont devenues tout rouges
à cause de ces monstres, maman.

Ô maman
Pendant ces jours,
les pagodes sont devenues des cimitières de moines.
Il y coulait aussi le sang des étudiants.
J'étais horrifié, maman.

Ô maman
Pour avoir un changement, on doit sacrifier des gens.
J'en ai entendu parler,
mais demande-leur à ma place
jusqu'où on doit sacrifier ;
il ne reste plus beaucoup de gens chez nous, maman

Malgré les flingues prêts à tirer,
les bâtons aux coins des rues,
je suis sûr d'une chose :
peu importe combien ils tuent,
peu importe combien ils torturent,
il y aura toujours une Irrawaddy rouge
qui coulera dans notre coeur, maman. 

Merci Myat pour cette admirable traduction...

Je sais que tu dois rentrer bientôt dans ton pays pour rendre visite à ta famille... 
Prends bien soin de toi et des tiens et surtout, surtout, pas de folie, fais bien attention... Comme dit Phone Min Zun, "il y a ce fou qui donne des ordres aux militaires qui lui obéissent..."

En mémoire de tous ceux qui sont tombés pour que d'autres aient accès à la liberté...

Publié dans Au jour le jour

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NatduVénéz 13/11/2007 23:30

@Joelle : merci de ton soutien. Bises

Joelle 13/11/2007 23:20

Que rajouter de plus ? Martine, Jean Paul et Arlette ont déjà tout dit.Je vais faire comme Arlette, diffuser ce poème autour de moi.Bises à vous tous

NatduVénéz 13/11/2007 12:30

@Arlette : Merci de ton passage et merci de diffuser... C'est vrai qu'il faut que les qualités du peuple birman soit reconnues...

Arlette 13/11/2007 08:11

Que d'émotions profondes dans ce beau poème rempli de sagesse, d'humanité et de convictions naturelles tellement vraies. On est touché à la fois par la simplicité et la force des mots. Çà vous "prend aux tripes" et nous renvoie à cette Birmanie en attente d'une vie normalement humaine. Quel courage présent et à venir ? Je diffuse ce poème autour de moi afin qu'un grand nombre de nous réalise vraiment la grandeur d'âme Birmane.

NatduVénéz 12/11/2007 12:33

@mamie : On se prend parfois à rêver pour eux ; et puis, d'autres fois, on est plus fataliste et ons e dit qu'ils sont trop forts, les "fous". Croisons les doigts pour eux...